Version Française L'Origine du Backgammon English Version

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Traité Complet du Jeu de Trictrac Suivi d'un traité du Jeu de Backgammon - Guiton, N. (aîné) 1822

Traité du jeu de backgammon

avant propos

Tout porte à croire que le jeu de backgammon doit aux anglais son origine et son invention, dont nous ignorons l'époque. Il a été long-temps presque inconnu en France, et ce n'est que vers la moitié du siècle dernier que l'on a vu quelques amateurs français s'y exercer dans nos sociétés ; ils en trouvaient il est vrai, rarement l’occasion, parce qu’en général on préférait et avec raison le Trictrac, qu’on était déjà parvenu à jouer avec beaucoup de perfection. Mais les évènements qui se sont succédé depuis un petit nombre d’années, les circonstances majeures qui ont terminé des guerres presque continuelles par une alliance politique qui semble promettre une paix durable, ont fait affluer les anglais sur notre continent. Les uns y sont attirés pas des relations commerciales, les autres (et c’est le plus grand nombre) par l’empressement de venir jouir des beautés de notre climat, et surtout pour satisfaire leur goût éclairé pour les arts, en visitant notre capitale, où se trouvent réunis une si immense quantité de chefs-d’œuvre dans tous les genres, dont nos voisins savent si bien juger et apprécier le mérite. De cette affluence et des motifs qui la produisent il est résulté que nous avons adopté, ainsi que le caractère français y est naturellement porté, une partie de leurs goûts et de leurs usages ; et le backgammon, participant à la faveur de cette adoption, s’est insensiblement introduit parmi nos jeux de société, où il a été admis, soit parce que la simplicité de ses calculs et le nombre limité de ses combinaisons exigent pour l’apprendre moins d’étude et de travail, soit parce que notre goût nous porte naturellement vers les nouveautés, et surtout vers celles qui nous viennent de l’étranger. Quoiqu’il en soit, nous avons cru dans cet état de choses, satisfaire les amateurs de Trictrac et ceux du Backgammon, en joignant notre traité du premier un traité complet du second. Cette réunion ne peut qu’être utile et agréable à ceux qui connaissent l’un et l’autre jeu. A l’égard de ceux qui ne connaissent que l’un des deux, elle pourra leur inspirer le désir d’apprendre l’autre, avec d’autant plus de raison qu’il existe entre ces deux jeux d’assez nombreux rapports, et des points de rapprochement, tant dans la partie des règles que dans l’application de plusieurs calculs.

Quoique le Trictrac, par l’étendue de ses calculs, la variété de ses combinaisons et la diversité de ses vicissitudes, ait une supériorité incontestable sur le Backgammon, on ne peut cependant disconvenir que ce dernier offre un intérêt plus attachant, exige plus de justesse et de sagacité dans ses spéculations, que la plupart des jeux qui font aujourd’hui l’amusement de nos sociétés ; et si quelque considération peut nuire à la préférence qui lui serait due, c’est qu’il ne peut occuper et amuser que deux joueurs, et qu’il n’est pas susceptible, par sa nature, d’en admettre un plus grand nombre.

Le traité du jeu de Backgammon le plus généralement connu en Angleterre est celui publié sous le nom de Hoyle, il se trouve dans un recueil de traités sur les différents autres jeux, tel que celui connu en France sous le titre d’Académie des jeux. Ce traité sur le Backgammon est très-superficiel, tant pour les préceptes que pour les règles, il n’en présente que cinq et laisse par conséquent beaucoup à désirer à cet égard ; De ce petit nombre de règles deux paraissent se contredire, et deux autres ne sont qu’ébauchées, nous les avons terminées en y joignant nos observations.

La partie des calculs est incomplète, et n’offre pas les développements convenables pour qu’on puisse les appliquer utilement aux différentes positions. Ces considérations font d’autant mieux sentir les avantages que les amateurs dans la réunion de ce traité du Backgammon avec celui du Trictrac, car dans ce dernier tout est prévu, tant pour l’exposition et l’application des calculs que pour les règles, dont un grand nombre sont communes à l’un et à l’autre jeu. En consultant le traité de Trictrac pour tous les cas non prévus, mais analogues au Backgammon, on suppléera au vide que présente l’ouvrage anglais.

 

CHAPITRE PREMIER 

Notions préliminaires

Le Backgammon se joue dans le même tablier que le Trictrac, il se joue pareillement avec deux dés : chaque joueur a, comme au Trictrac, quinze dame, les unes sont blanches, les autres sont noires ou vertes. Les jetons n’y sont d’aucun usage parce qu’il n’y a pas lieu à marquer des points, ni par conséquent lieu à école. On a des fichets pour marquer les parties que l’on gagne.

Pour rendre plus facile l’intelligence de nos instructions, nous plaçons ici un plan figuré du tablier et de la position respective que les dames de chaque joueur doivent occuper dans ce tablier au commencement de la partie, position bien différente de celle qui a lieu au commencement de chaque relevé du Trictrac, où chacun des joueurs les met en pile sur la première flèche de son petit-jan.

En désignant par des numéros de 1 à 12 le nombre des flèches de chacun des côtés du tablier, nous avons pensé que cette mesure rendrait plus faciles à comprendre les explications et développements que nous donnerons.





Dans la figure ci-dessus le joueur aux dames noires occupe la partie supérieure du tablier, et l’autre la partie inférieure. Le premier a sa table de sortie à sa droite, le second a la sienne à sa gauche. Ces tables de sortie sont généralement désignées par la dénomination de plein, soit que les six cases soient faites, soit qu’elles ne le soient pas, parce que c’est la table dans laquelle toutes les dames doivent entrer pour sortir par la bande ; nous emploierons indifféremment l’un ou l’autre de ces termes ; celui qui a les dames noires les place sur différentes flèches, de la manière suivante : deux à la flèche de l’as de son adversaire, cinq à la douzième flèche de la deuxième table de l’adversaire, trois sur sa huitième flèche, et cinq sur sa sixième flèche, dans sa table de sortie. Celui qui a son plein ou sa table de sortie à sa droite, doit diriger la marche de ses dames de droite à gauche pour les amener à cette table, l’autre au contraire les dirige de gauche à droite.

La position respective des dames indiquée dans la figure, a sa table de droite à sa droite, peut l’établir à sa gauche, et l’adversaire la mettre à sa droite au lieu de l’avoir à sa gauche ; dans ce cas les numéros désignés pour chaque flèche dans la figure subiraient le même changement pour l’intelligence des démonstrations, en sorte que la flèche douzième deviendrait celle de l’as, et celle de l’as deviendrait la douzième. Les autres flèches intermédiaires seraient numérotées dans le même sens et dans le même ordre, de manière que ce qui dans les démonstrations est indiqué comme la gauche deviendrait la droite et réciproquement.

De ces différentes positions il résulte que les dames de chacun des joueurs ont des espaces inégaux à parcourir, deux de ces dames seulement, celles sur les flèches de l’as, doivent parcourir la totalité du tablier. Chaque joueur a quatre piles de première position, et dès le premier coup de dés, de même que pour les suivants, il peut jouer avec des dames enlevées de celle des piles qu’il juge à propos.

La partie n’est point, comme au trictrac, composée de plusieurs relevés plus ou moins nombreux, un seul la termine. Le but unique de cette partie consiste à ce que chaque joueur, après avoir fait parcourir à ses dames les espaces qui les séparent de la table de sortie, parvienne à les réunir toutes dans cette même table, pour, après cette réunion, les sortir et les enlever hors du tablier, à mesure que les points amenés le permettent , en se conformant à cet égard aux lois prescrites au Trictrac pour la sortie des dames au jan de retour. On peut consulter ces lois dans notre traité sur le tric trac, chapitre VII, page 117.

Quoique les règles pour la sortie des dames soient comme nous venons de l’exposer, les même qu’au trictrac, cependant la méthode et la conduite à suivre ne sont pas les mêmes. Au backgammon elle exige des mesures de précaution et de prévoyance qu’elle n’exige pas au trictrac. A ce dernier nul danger à craindre pour cette sortie, la prudence y est absolument nulle, la nature des points amenés en détermine seule le succès ou l’écueil. Au backgammon, au contraire il se présente des dangers dont il faut chercher à se garantir. Une imprévoyance peut causer la perte d’une partie dont le gain autrement aurait été infaillible. Certaines positions exigent une prudence qui ne permet de sortir toutes les dames que l’on aurait droit de sortir, c’est ce que nous développerons dans les instructions sur la conduite du jeu.

Les calculs qui dérivent de l’analyse des dés, dont nous avons donné la démonstration et le tableau dans le chapitre second de notre traité du trictrac, sont applicables au Backgammon pour connaître les probabilités qu’offrent, dans les diverses positions, les différentes manières de jouer. Nous pensons qu’il est utile et même nécessaire aux amateurs du Backgammon, de bien connaître les calculs, afin d’en pouvoir faire une juste application, surtout dans les coups où leur utilité est d’une plus grave importance.

Nous devons cependant faire observer que la règle du Backgammon exigeant que chaque doublet se joue double, c'est-à-dire qu’au lieu de jouer deux fois le nombre élémentaire de chaque doublet, ce nombre élémentaire de chaque doublet, ce nombre élémentaire soit joué quatre fois, ainsi pour un sonnez on joue vingt quatre points au lieu de douze, pour un béset quatre points au lieu de deux, etc, il en résulte nécessairement une différence dans le nombre dans chance que donne chaque point combiné. Par exemple, le nombre 3, qui au trictrac ne peut être atteint que par treize chances, le peut être par quatorze au backgammon, parce que le béset, se jouant double, parvient aussi au nombre 3. le nombre 4 peut pareillement être atteint par béset, ce qui lui donne quinze chances au lieu de quatorze ; il en est de même du nombre direct 6 qui au lieu de seize chances, en donne dix-sept, parce que pour le double deux on joue quatre deux, et que par le troisième deux on arrive au nombre 6.

Les nombres 8, 9 présentent également dans la combinaison des chances la même différence d’une chance de plus, car, outre les cinq chances pour arriver à 8 par les deux nombres réunis, ou en jouant tout d’une, on a encore le double deux qui, joué double, parvient au nombre 8. outre les quatre chances qu’offre le point de 9, on a de plus le terne par lequel on arrive à 9. et enfin pour le point de 12, au lieu d’une chance unique on en a trois, savoir, le sonnez, le carme et le terne.

Nous réunissons dans le tableau suivant les nombres pour lesquels cette différences existent.

Le nombre 3 a 14 chances au lieu de 13.

Le nombre 4 a 15    . . . . . . . . . . .    14.

Le nombre 6 a 17    . . . . . . . . . . .    16.

Le nombre 8 a 6      . . . . . . . . . . .      5.

Le nombre 9 a 5      . . . . . . . . . . .      4.

Le nombre 12 a 3    . . . . . . . . . . .      1.                 

A l’aide de ces calculs un joueur peut connaître promptement et facilement combien il a de chance soit pour battre une des dames de l’adversaire, soit pour rentrer les dames qu’il se trouve avoir en main, en faisant néanmoins déduction des obstacles qu’opposent les cases de l’adversaire, lorsqu’il s’en rencontre d’intermédiaires entre la flèche sur laquelle il doit s’opérer sa rentrée et celles qui la précèdent. Ainsi par exemple, s’il n’a pour rentrer sa dame que la quatrième flèche, il n’a que onze chances pour cette rentrée, il en aurait vingt si la deuxième flèche se trouvait pareillement vide ou en demi-case parce que pouvant encore rentrer par le deux, cette faculté accroît de neuf chances le nombre de celles qui sont favorables à cette rentrée. Si les quatre premières flèches étaient vides ou en demi case, le joueur aurait trente deux chances pour rentrer la dame qu’il a en main, savoir : onze pour l’as, neuf pour la deuxième flèche, sept pour la troisième et cinq pour la quatrième suivant la progression décroissante dont nous avons donné la démonstration dans notre traité du trictrac au chapitre II de l’analise des dés page 19 que nous invitons les joueurs de backgammon à consulter. Nous les invitons aussi à consulter la méthode que nous indiquons dans ce traité pour connaître par un prompt aperçu le nombre des chances qu’offrent les différentes positions pour faire une case que certaines circonstances rendent importante. Mais, en faisant l’usage de cette méthode, ils ne doivent pas perdre de vue la différence qui dans certains cas, peut résulter de la survenances des doublets, dont chaque point élémentaire se joue quatre fois. Cette méthode fait partie de celles que nous avons indiquées au chapitre II du traité de trictrac, page 31. Enfin nous pensons que la connaissance et l’étude de tous les différents calculs qu’offre ce traité ne peuvent qu’être très-utiles au Backgammon pour toutes les positions auxquelles ils sont applicables.

 

 

CHAPITRE II

 

EN COURS DE CONSTRUCTION...