Version Française L'Origine du Backgammon English Version

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The Shyp of Folys of the Worlde (The Ship of Fools) - Barclay, Alexander 1509

La célèbre Nef des fous (Das Narrenschiff) de Sébastien Brant parut en 1494 avec des bois gravés d'Albrecht Dürer et connut de nombreuses traductions dont cette adaptation anglaise de 1509.

S'inspirant d'une tradition carnavalesque florissante entre la fin du Moyen Âge et les Temps modernes, cette satire use d'un vieux procédé littéraire consistant à faire entendre sous le masque de la folie la voix de la raison pour mieux dépeindre les faiblesses humaines, dénoncer des abus et promouvoir des réformes.

Une illustration d'Albrecht Dürer représente un jeu de backgammon.

Le texte anglais fait référence au jeu de l'irish (yresshe game).

Das Narrenschiff (Schlechtes Vorbild der Eltern) - First Edition 1494

Here begynneth the foles and first inprofytable bokes.

I am the firste fole of all the hole nauy
To kepe the pompe, the helme and eke the sayle
For this is my mynde, this one pleasoure haue I
Of bokes to haue grete plenty and aparayle
I take no wysdome by them : nor yet auayle
Nor them preceyue nat : and then I them despyse
Thus am I a foole and all that sewe that guyse

That in this shyp the chefe place I gouerne
By this wyde see with folys wanderynge
The cause is playne, and easy to dyscerne
Styll am I besy bokes assemblynge
For to haue plenty it is a plesaunt thynge
In my conceyt and to haue them ay in honde
But what they mene do I nat vnderstonde

But yet I haue them in great reuerence
And honoure sauynge them from fylth and ordure
By often brusshynge, and moche dylygence
Full goodly bounde in pleasaunt couerture
Of domas, satyn, or els of veluet pure
I kepe them sure ferynge lyst they sholde be lost
For in them is the connynge wherin I me bost.

But if it fortune that any lernyd men
Within my house fall to disputacion
I drawe the curtyns to shewe my bokes then
That they of my cunnynge sholde make probacion
I kepe nat to fall in altercacion
And whyle they comon my bokes I turne and wynde
For all is in them, and no thynge in my mynde.

Tholomeus the riche causyd longe agone
Ouer all the worlde good bokes to be sought
Done was his commaundement anone
These bokes he had and in his stody brought
Whiche passyd all erthly treasoure as he thought
But neuertheles he dyd hym nat aply
Unto theyr doctryne, but lyued unhappely.

Lo in lycke wyse of bokys I haue store
But fewe I rede, and fewer understande
I folowe nat theyr doctryne nor theyr lore
It is ynoughe to bere a boke in hande
It were to moche to be it suche a bande
For to be bounde to loke within the boke
I am content on the fayre couerynge to loke

Whe sholde I stody to hurt my wyt therby
Or trouble my mynde with stody excessyue
Sythe many ar whiche stody right besely
And yet thery shall they neuer thryue
The fruyt of wysdom cans they nat contryue
And many to stody so moche are inclynde
That utterly they fall out of theyr mynde

Eche is nat lettred that nowe is made a lorde
Nor eche a clerke that hath a benefyce
They are nat all lawyers that plees doth recorde
All that are promotyd are nat fully wyse
On suche chaunce nowe fortune throwys hir dyce
That thoughe one knowe but the yresshe game
Yet wolde he haue a gentyllmannys name

So in lyke wyse I am in suche case
Thoughe I nought can I wolde be callyd wyse
Also I may set another in my place
Whiche may for me my bokes excercyse
Or else I shall ensue the comon gyse
And say concedo to euery argument
Lyst by moche speche my laty sholde be spent

I am lyke other Clerkes whiche so frowardly them gyde.
That after they ar onys come vnto promocion
They gyue them to plesour theyr stody set asyde.
Theyr Auaryce couerynge with fayned deuocion.
Yet dayly they preche : and haue great derysyon
Against the rude Laymen : and al for Couetyse.
Though theyr owne Conscience be blynded wt that vyce.

But if I durts trouth playnely vtter and expresse.
This is the special cause of this Inconuenyence.
That greatests foles, and fullest of lewdnes
Hauynge least wyt : and symplest Science
Ar fyrst promoted : and haue greatest reuerence
For if one can flater, and bere a hawke on his Fyst
He shalbe made Person of Honyngton or of Clyst.

But he that is in Stody ay ferme and diligent.
And without al fauour prechyth Chrystys lore
Of al the Comontye nowe adayes is sore shent.
And by Estates thretened to Pryson oft therfore.
Thus what auayle is it, to us to Stody more :
To knowe outher scripture, trouth, wysedom, or vertue
Syns fewe, or none without fauour dare them shewe.

But O noble Doctours, that worthy ar of name :
Consyder our olde faders : note wel theyr diligence :
Ensue ye theyr steppes : obtayne ye such fame,
As they dyd lyuynge : and that by true Prudence.
Within theyr hartys they planted theyr scyence
And nat in plesaunt bokes. But nowe to fewe suche be.
Therefore in this Shyp let them come rowe with me.

THE ENUOY OF ALEXANDER BARCLAY TRANSLATOUR
EXORTYNGE THE FOLES ACCLOYED WITH THIS VICE
TO AMENDE THEYR FOLY.

Say worthy doctours and clerkes curious :
What moueth you of bokes to haue such nomber.
Syns dyuers doctrines throughe way contrarious.
Doth mannys mynde distract and sore encomber.
Alas blynde men awake, out of your slomber
And if ye wyl nedys your bokes multyplye
With diligence endeure you some to occupye.

Des livres inutiles.

Je suis le premier fou de la nef
A embarquer.
Mon seul plaisir :
Accumuler les livres
Mais je n'en tire aucune sagesse :
Je ne les comprends pas vraiment
Ainsi suis-je un fou.

Sur la nef je préside
Par cette vaste mer, au milieu des fous errants.
La raison est simple et facile à comprendre :
Je suis occupé à les assembler.
En avoir plein est chose agréable.
Par vanité, j'aime les avoir en main
Mais je ne les comprends pas.

Mais pourtant je les vénère
Et les honore, les préservant de la saleté,
Je les brosse souvent,
Je les maintiens en bon état, avec une belle couverture
De satin ou bien de velour pur :
Je les garde en lieu sûr, craignant de les perdre.
C'est la prouesse dont je me vante

Au milieu des savants
Qui discutent de science
Je tire le rideau et leur montre mes livres
C'est une ruse,
Je ne crains pas la contradiction
Et tandis qu'ils communient, je me tourne vers mes livres
Car tout est là et rien n'est dans ma tête.

Ptolémée qui fut riche homme
Avait accumulé tous les livres du monde
Ce fut son oeuvre
Ces livres qu'il avait
Il les considérait comme son plus grand trésor
Mais il n'appliquait toutefois pas
La doctrine malheureusement.

J'ai de nombreux livres
Mais j'en ai lu peu et compris peu
Je ne suis ni leur doctrine ni leur tradition
Ca me suffit de prendre un livre
Mais je n'irai pas jusqu'à
Regarder à l'intérieur
Je suis déjà content de voir leurs couvertures.

Pourquoi devrais-je m'épuiser à les étudier
Ou me rendre malade à trop les étudier
Ceux qui sont occupés à les étudier
Ne prospèrent pas
Et ne profitent pas de cette sagesse
Ceux qui sont enclins à les étudier
Tombent dans la démence.

Les seigneurs ne sont pas lettrés
Ni ceux qui font des bénéfices :
Ce ne sont pas des avocats dont on se souvient des plaidoiries
Tous ceux qui sont promus ne sont pas tous des sages
Tout dépend de la chance
Même pour celui qui connait le jeu de l'Irish
Même pour celui qui a un nom de gentleman.

Je suis dans ce cas
Bien que je ne sais rien, je serais appelé sage :
Aussi je peux engager un valet
Pour apprendre à ma place
Je sauve les apparences
En répendant "Oui bien sûr" à chaque argument
Afin d'éviter tout discours.

Les seigneurs ne sont pas lettrés
Ni ceux qui font des bénéfices :
Ce ne sont pas des avocats dont on se souvient des plaidoiries
Tous ceux qui sont promus ne sont pas tous des sages
Pourtant ils prêchent quotidiennement et ont une grande dérision
Envers les laïcs grossiers et leur avarice
Bien que leur propre conscience est aveuglée par ce vice.

Mais si j'osais m'exprimer
Je donnerais la raison particulière de cet inconvénient :
Les plus grands fous, pleins de luxure,
Ayant moins d'esprit et de science
Sont les premiers promus : et ont plus de respect
Pour celui qui les flatte et porte un aigle sur son poing
Il sera fait Parson de Honiton ou de Clyst

Mais celui qui étudie
Et prêche la connaissance du Christ
Peut être mal compris
Et par conséquent est menacé de prison
Ainsi nous incite à étudier davantage :
Pour connaître les autres écritures, vérité, sagesse et vertu
Puisque peu ou aucun n'ose le montrer.

O nobles docteurs qui en avez le nom :
Souvenez-vous de nos vieux pères, de leurs efforts
Et de leur renommée
Ils ont vécu avec prudence
Dans leurs coeurs il placèrent leur science
Et pas dans des livres agréables. Mais maintenant peu restent
Aussi dans cette Nef, ramez avec moi

L'ENVOI D'ALEXANDER BARCLAY TRADUCTEUR
EXHORTANT LES FOUS A ABANDONNER LEUR VICE
ET A SORTIR DE LA FOLIE.

Dignes médecins et clercs curieux :
Dite-nous ce qui vous a amené à de si nombreux livres.
Puisque diverses doctrines contradictoires
vous distraient et encombrent vos esprits.
Hélas l'aveugle se réveille de son sommeil
Et s'il multiplie les livres
Ils s'occupent.