Version Française L'Origine du Backgammon English Version

Accueil | Chronologie | Bibliographie | Galerie | Recherche | Liens | Contact ]

----------------------------

 

Liber de Ludo Aleae - Cardano, Gerolamo, 1526

Dans Liber de Ludo Aleae (Livre sur les Jeux de Hasard), Cardano décrit le Totae Tabulae (Toutes Tables).

Capvt XXVIII. De longo consilio, & iudicio, procedentiaque.

28. Réflexion, Jugement et Progression [au backgammon]

Maximum autem in ludo Aleae praecipuè est prouidentia, & iudicium ad multos iactus, vt in alueare tabulae sic disponantur, vt cum duplex sit via ad finem, vna, vt celerius progrediamur, altera, vt collusorem retardemus: celerius progredimur occupando meliora loca, ac citius, vt contra retardamus, vel vt deteriora loca habeat, & pauciora, vel vt lentius ingrediatur vltimam fidem. Cum ergo dictae viae sint vtraque quantum licet progredimur. Sed cogitandum est, illi magis, non illi soli insistere debeamus, hoc enim vix fieri potest; at vt celerius agas, cauendum est, vt tutus sis ab incursionibus collusoris; & vt illum impedias: Duae rursus intentiones insurgunt, an debeas, vel vt agas, si deliberaueris, altera, vt sis in insidiis. Quatuor igitur iam habes scopos, vt facile progrediaris in optima loca, & vt obnoxius non sis impedimento, & vt impedias illum, & sis in insidiis certis, si occasio detur illum impediendi. Vt vero impedias, duplex est via, vel vt locum, & transitum praecludas, vel vt eiicias tabulas illius, vt cogantur ad primam sedem reuerti.

Prévoir et juger les nombreux jets de dés sont de la plus grande importance dans le jeu, car le jeu de plateau est tel qu'il y a deux directions à notre but, l’une qui est d’avancer le plus rapidement, l'autre qui est de retarder l’adversaire ; nous avançons plus rapidement en occupant de meilleures positions, et plus rapidement, si au contraire, nous retardons notre adversaire de manière à ce qu’il ait de plus mauvaises positions ou moins de choix ou qu’il aille en arrière en repartant de la dernière rangée. Puisque, donc, les directions sont comme indiquées, nous avançons aussi loin dans chacune d'elles comme nous pouvons. Mais nous devons faire attention à nous appliquer à l'avance jusqu'à un plus grand degré, mais pas entièrement, puisque ceci ne peut être fait, sachant que, afin de progresser plus rapidement, vous devez faire attention d’être à l’abri des incursions de votre adversaire et de l'entraver. A nouveau deux objectifs apparaissent, si vous devez procéder délibérément ou, d'autre part, si vous devez vous situer en embuscade. Par conséquent, vous avez déjà quatre buts : procéder facilement dans les meilleures positions ; ne pas être ouvert aux obstacles ; le gêner ; et se situer en embuscade sécurisée si l'occasion se présente pour le gêner. Mais il y a deux manières de le gêner : le bloquer loin de son Home ou lui bloquer le passage ; ou bien de disperser ses jetons, de sorte que ceux-ci soient forcés de retourner à leurs positions d’origine.

Scis enim quatuor esse sedes in Alueari, quarum singula: sex domos continent. Sed & impedimentum illud possemus praestolari ante, vt sint sex intentiones. Impedimentum quoque vel in pluribus, vel in praecipuis locis esse debet. Praecipua loca sunt e regione, & vbi aliter transponere cogitur, quam ei vtile sit. Haec autem praeuidere, & multo antea, cuiusdam est sapientia:, quam nulla ars fermè docere potest. Imò plane docere potest, sed nemo tanti iudicij esse queat, vt assequatur.

Vous savez qu'il y a quatre tables sur le plateau, dont chacune contient six points. Mais nous pourrions également prévoir l'obstacle à l'avance, de sorte qu'il y ait six objectifs. L'obstacle devrait également être dans plusieurs endroits ou dans des endroits spéciaux. Les endroits spéciaux sont directement opposés et sont là où il est à son désavantage. Mais prévoir très à l’avance ces choses réclame une certaine habileté qu'aucun art ne peut enseigner en général. Ou plutôt on peut certainement l’enseigner, mais personne ne peut être d'un tel jugement qui permette de l’acquérir.

Primum ergo vno exemplo id docebo, vt ad omnia facilior sit aditus. Finge te desperare victoriam, quòd inferior sis, gratia exempli quarta parte iactuum, semper enim ad id, quòd residuum est refere rem oportet. Et licet proportio eadem sit; quanto tamen propior est fini ludus, tanto plus refert. Considerandum esi ergo si deficiat parum, & ex mutatione fortunae reparari possit, non est euertendus Ludus. Rursus si propior sis fini, quanquàm posss, & debeas euertere, non euertes. Et iterum si sis remotior a fine, sed tabulae iam processerint comparatione suarum, non debes tantam agitare rem. Vbi ergo inferior longè sis spe illo, & ludus non multum processerit, nec tabulae tuae eo loco non peruenerint, vnde nulla arte retrahi possint: neque etiam anteriores sint suis, tunc deliberare de retrocessu, & occupatione viae oportet. Facta deliberatione, modum inuenire conuenit, vt totus ei negotio insistas, nitarisque reducere tabulas, quae processerint, retrò. Id autem aliquando, & violenter, quod & fallax est, & periculosum, aliquando vero quasi furtim certè sensim, quòd vt maioris artis est opus, ita tutius, & certius.

Par conséquent, je l'enseignerai d'abord par un exemple, pour que l'approche à toutes ces tactiques puisse être plus facile. Supposez que vous vous éloignez de la victoire parce que vous êtes en retard, disons, par un quart des jets, parce qu’il est toujours nécessaire de se référer au reste à faire, et bien que la proportion puisse être identique, plus la fin du jeu est proche, plus l'écart est grand. Par conséquent, vous devez considérer si votre handicap est faible et peut être réparé par un coup de chance, auquel cas, il ne faut pas abandonner. A nouveau, si vous êtes plus près de la fin bien que vous puissiez et deviez concéder la défaite, vous ne le ferez pas encore. A nouveau, si vous êtes plus éloigné de la fin mais que les pions de l’adversaire sont déjà allés loin en avant en comparaison aux vôtres, vous ne devez pas envisager une telle action. Par conséquent, quand vos espoirs sont très inférieurs aux siens et que le jeu n’est pas encore très avancé, et que vos pions n’ont pas encore progressé à tel point qu’ils ne peuvent plus être extraits puisqu'ils ne sont plus en contact avec les siens, alors il est nécessaire de penser à les renvoyer et à bloquer certains points ; quand vous avez fini de délibérer, il est souhaitable de trouver des moyens de se concentrer entièrement sur ces affaires et d'essayer de ramener les pions qui ont avancé. D'ailleurs, ceci devrait parfois être fait agressivement, ce qui est à la fois trompeur, dangereux et parfois malicieux (bien qu’il puisse être perçu comme naturel), un procédé qui, car c'est une question d'un plus grand art, est également plus sage et plus sûr.

Initis rationibus generalibus ad speciales descendere oportet, & videre vsque quò oporteat perseuerare. Ideò oculatum in huiusmodi esse oportet, & maxime in deliberatione, an agendum, an non, etsi sit,an apertè: Hoc iudicium, consiliumque, haec prouidentia, tum in singulis, tum in generali, altioris est consilij, quam sit humana natura. Et est vt prospectus caeli, & rei infinitae Generaliter tamen numerosiores puncti solent intercipi vtilitate malore, ne procedant, sed mediocres, vt quas vocant domos, dissoluantur.

Après être entré ainsi dans des considérations générales, il est nécessaire de persévérer. Pour cette raison on doit garder ses yeux ouverts dans ce genre d'affaires et particulièrement considérer si on doit agir ou pas, et, si oui, alors avec un jeu ouvert ou pas ; ce jugement et conseil, cette providence, en détails et en général, est plus profond que la nature humaine. Elle est comme la perspective du ciel et de l'infini. Ainsi, les points élevés de l'adversaire sont habituellement bloqués à notre plus grand avantage, par crainte que l'adversaire puisse progresser, tandis que ses points intermédiaires, comme ceux qu'ils appellent des maisons, se désunissent.

 

Capvt XXX. De Ludo Aleae Antiquorum.

 

30. Sur les jeux de hasard dans l’antiquité

Antiqui Ludum habebant Aleae, quem Tessararum appellabant. Cum Alea commune nomen euaserit omnium ludorum, quibus fortuna dominatur. Inuentor (vt dicunt) Palamedes, dum Troianum bellum vigeret. Consederunt enim omnium testimonio circa eam vrbem annis decem, vt ad leuandum taedium excogitatus fuerit. Tessarae propriae dictae sunt, quas cubos etiam alij dicunt sex faciebus, totidemque punctorum ordinibus. Vetitus fuit Romanorum aetate nisi Saturnalibus, diebus vnde Martialis. Nec times aedilem modo spectase Fritillo Quum videat gelidos iam prope verna lueus. Videtur tamen aliquo modo differre cubus à Tessera dicente Vitruuio. Cubus est corpus ex sex lateribus aequali latitudine planicierum per quadratum. Is cum est iactus, quam in partem incubuit, dum est intactus, solidam habet stationem: vti sunt etiam tesserae, quas in Alueo ludentes iaciunt. Lapsus seu iactus appellantur apud Graecos, vt auctor est Eustatius, ex Caelio Calcagnino, ex quo hoc caput cum sequenti excepimus.

Les anciens avaient un jeu de hasard qu'ils appelaient tesserae, bien que l'alea ait usurpé le nom commun de tous les jeux qui dépendent du hasard. L'inventeur (selon eux) était Palamède tandis que la guerre de Troie était en cours. Parce qu’ils ont assiégé, selon le témoignage de tous, cette ville pendant dix ans, il a été conçu pour passer le temps. Ces objets s'appellent correctement les tesserae que d'autres appellent des cubes, avec six faces et le même nombre de points. On l'a interdit dans la période romaine excepté pendant les Saturnales; d'où Martial (Livre 14.1) « et l’esclave agite son cornet et ses dés sans craindre d'être vu par l'édile dès qu'il voit les eaux près de se couvrir de glaces ». Néanmoins le cube semble différer d'une certaine manière du tessera d’après le rapport de Vitruve. Le cube est un objet à six faces plates et carrées de largeur égale. Quel que soit le côté sur lequel il tombe quand il est jeté, et lorsqu’il est en bon état, il a une position de repos stable, et la même chose est vraie des tesserae que jettent les joueurs de jeux de plateau, et qu’on appelle chutes ou jets parmi les Grecs. Notre autorité pour ce rapport est Eustathe16, d’après Caelius Calcagninus17, duquel nous prenons ce chapitre et le suivant.

Constat autem eos esse sex iuxta Planorum numerum, quibus tessera constat. Idem Eustatius docuit oportere, vt in tessera singula puncta opposita conficiant eundem numerum, scilicet septenarium, velut vni, sex, & duobus, quinque opponuntur, & tribus quatuor. Hoc autem ea ratione factum est, vt facilius deprehendatur fucus, si quis adulteriam confecerit Tesseram, puncto vno geminato, alio autem deficiente. Quod maximum esset flagitium, maximè si inter ludendum tesserae ipsae manuum agilitate, vel collusore aliud agente commutarentur.

On convient qu'ils ont six faces, comme les tesserae. Le même Eustathe nous dit que sur chaque tessera les points de faces opposées devraient totaliser le même nombre, à savoir, sept, de telle façon que six est opposé à un, et cinq à deux, et quatre à trois. Ceci est fait avec l'idée de faciliter la détection d'une falsification, si quiconque fait un faux dé, en reproduisant un numéro et en en enlevant un autre c'est un acte particulièrement honteux, en particulier si pendant le jeu les dés sont jetés avec ruse par un geste de la main tandis que l'attention de l'adversaire est distraite.

Itaque nostrum fuit addere hoc caput recensendi, non tam antiqui moris gratia, quam illius causa reddendi, qua intellecta aliquid vtilius ad rem ipsam inueniretur. Nam vt hoc ad tollendam fraudem maximam excogitandum est, ita ad aliam minorem additum praebet. Nam qui manuum agilitate puncta, quae volunt iaciunt, trifariam id agunt, aut vt Alea Aleam superequitet, aut vna duas si tres sint, atque is modus optimus est, vocatúrque equitare vulgari sermone, & generali Aleam mutare. Secundus fallacior est, vt Alea vni haereat à latere, vel duobus, vocaturque vulgari nomine, spuntonum; tertius est parum tutus, imò fallacissimus cum Alea mittitur eo numero punctorum supra exposito, recta via, tali impetu, vt verisimile sit punctum, quem volumus superiorem euadere.

Ainsi c'était notre devoir d’ajouter ce chapitre, pas tellement pour les coutumes antiques mais pour fournir une information au moyen de laquelle, une fois comprise, quelque chose plus utile pourrait être dérivée. Car ceci a été conçu pour enlever la plus grande fraude, il offre une occasion pour une moindre. Ceux qui jettent les points qu'ils veulent, par l'agilité de la main, le font de trois manières. D'abord, de telle manière qu'un dé monte sur l'autre, ou qu'un dé monte au-dessus des deux autres s'il y en a trois : c'est la meilleure méthode et s'appelle « monter au-dessus » dans le discours familier, généralement, « changer de dés ». Une deuxième méthode est plus trompeuse, et consiste à laisser le dé s'accrocher à un des côtés ou à deux côtés (du plateau) et s'appelle dans le discours familier « spuntonum »18. La troisième n'est pas très sûre, mais est d'autre part très trompeuse, quand le dé est jeté tout droit avec une telle impulsion et un certain nombre de points exposés au-dessus de lui qu’il est probable que le point que nous souhaitons viendra au-dessus.

In omnibus his plurimum iuuat, vt sciat deceptor certo loco iacere punctum. Neque enim solum iuuat scire, quod vni sex opponantur, reliaua puncta sint in circuito. Sed etiam qua parte, velut quod bini, & quini sunt in capitibus, seni, & vnus à lateribus, idque necesse est. Ita contra has omnes fallaciam orcam excogitarunt ab eius piscis similitudine. Videtur enim deuorare texeras, vt orca olios pisces minores. Persius (Saty. 3). Angustae collo non fallier orcae. Pomponius Poëta Bononiensis. Dum contemplor orcam taxillos perdidi.

Dans toutes ces méthodes, il est de la plus grande aide que le tricheur sache jeter le point dans une certaine position. Ainsi, il est non seulement utile de savoir que le six est opposé au un et que les autres points sont autour, mais également il est nécessaire de savoir exactement, par exemple, quand le deux et le cinq sont sur la tête, le six et le un sont sur les côtés. Ainsi, contre tous ces tours, ils ont conçu l'orque pour la similitude avec le poisson. Parce qu’il semble dévorer les tesserae comme l'orque dévore d'autres poissons plus petits. Persius (Saty. 3) : « ne pas être trompé par le cou étroit de l'orque ». Pomponius le poète de Bologne : « en contemplant l'orque j'ai perdu les petits dés ».

Sed in orcam pueri nuces iactando intrudebant, vt sit alia aleatoria, quam ille nominat, licet ei similis. Pyrgum appellat hanc pyxidem; Graeco nomine, Horatius dicens (Saty. 9, Sermon 2). Mitteret in Pyrgum talos. Neque enim solum tesseras, sed, & talos illuc mittebant, Bononiae perpetuo in vsu est, Mediolani non: Martialis, turriculam vocat. Vnde in Apophoretis in turricula. Quaerit compositos manus improba mittere talos, Si per me mittit; nil nisi vota facit. Accommodatus est hic ludus tesserarum cum fritillo, (neque enim hic pyrgus est, sed Alueus lusorius;) etsi sit non contendo de verbis: dicas cum alueo (si placet) persimilis vitae humanae, & quasi exemplum illius accommodatum, vt illud dicas Terentij in Adelphis (Act. 4, Scen. 7). Ita vita est hominum, quasi cum ludas tesseris, Si illud, quod est maximè opus iactum non cadit, Illud, quod cecidit fortè, id arte, vt corrigas. Ludebant autem duabus, & tribus tesseris, de duabus est ilud Martialis in Apophoretis. Hic mihi bis seno numerantur tessera puncta.

Mais les enfants inséraient des noix dans l'orque de sorte que cet objet n’est pas identique au précédent, bien que semblable. Horace appelle ce pyx un pyrgus, employant de ce fait un mot grec quand il dit (Saty. 9, Sermon 2) « mets les osselets dans le pyrgus ». Ainsi ils mirent non seulement des osselets mais également des tesserae, c’est une utilisation constante à Bologne mais pas à Milan. Martial appelle cela un turricula, d'où dans Apophoreta sur le turricula : « la main mauvaise cherche à réunir et à lancer les osselets ; si elle les lance, elle produit toujours ce que l’on souhaite » . Ce jeu de tesserea est modifié afin d’être joué avec le fritillus (celui-ci n’est pas le pyrgus mais un plateau de jeu ; vous pouvez le prendre ainsi, je ne conteste pas les problèmes de mots) ; alors vous diriez qu'avec le plateau (si c'est acceptable) le jeu est très semblable à la vie humaine et, comme tel, est un exemple modifié de ce qui est énoncé dans l'Adelphi de Terence (Acte 4, Scène 7) : «  La vie de l'homme est comme quand vous jouez avec les tesserae : si le meilleur jet ne tourne pas vers le haut, alors ce qui tourne vers le haut par hasard, vous devez l’employer au meilleur avantage ». D'ailleurs ils ont joué avec deux et avec trois tesserae, avec deux, par exemple, dans la poésie de Martial dans Apophoreta (14, 17) : « ici pour moi le tessera est compté deux fois avec un six ». D'autre part, trois tesserae sont mentionnés dans le proverbe grec “Trois six ou bien trois uns"19.

De tribus autem illud prouerbium Graecum indicat, vel tres senarij, vel tre vni; sed etiam nostra aetate celebriores ludi Aluei fiunt tribus Aleis; speraïnum, speraia, & speraïonum, Vnde Alueum ipsum speraïnum etiam vocant; vulgari tamen linqua Sbaraïnum appellant Sbaraïam & Sbaraïonum, sic & Alueolum Sbaraïnum. Calcagnius tamen speraïnum à sperando deduci putat; sed lingua nostra Sbaraiare idem est, quod spargere. Et Sbaraïnum, quod spargat. Vtrumque sit omnes hi ludi tribus tesseris exercentur; sed diuerso modo vtimur in Sbaraïno tesseris duabus, tertiam supponimus cum senario semper.

Dans notre temps également, les jeux avec plateau sont devenus mieux connus avec trois dés, par exemple sperainum, speraia, et speraionum, desquels on appelle également le plateau lui-même sperainum, mais dans le langage familier on l’appelle sbaraia et sbaraionum, et pareillement le petit plateau sbarainum. Calcagnimus pense que le sperainum est dérivé de « spargere » (disperser), et sbarainum est celui qui se disperserait. Ceci étant, tous ces jeux pouvaient être joués avec trois tesserae ; mais nous employons deux tesserae d’une manière différente dans le sbarainum, puisque nous supposons toujours que le troisième dé est un six.

At Sbaraïam cum tribus tesseris Sbaraïonum, & ipsum cum tribus tesseris, sed quilibet congeminat ictus. Est autem Principum ludus, & sine cura: ingeniosa Sbaraïa: Sbarainum medium locum obtinet: Estque magis in vsu, quod Sbaraïa sit longior, Sbaraïonum autem maximè constat fortuna. Celebriores alij tres sunt cum duabus tesseris tocadiglium, quod duplex est, paruum, quod in fortuna consistit, & magnum iudicij longioris. Est & canis Martius, & totae tabulae industria mediocri; nam canis Martius praestanti ingenio indiget.

Mais le sbaraia avec trois tesserae était appelé le sbaraionum, aussi bien que le jeu lui-même avec trois tesserae, mais dans celui-ci n’importe qui peut doubler les jets. C'est le jeu des princes et il n'exige pas de réflexion; le sbaraia est ingénieux ; sbarainum occupe une place intermédiaire ; il est plus dans l’usage parce que le sbaraia est plus long mais le sbaraionum dépend la plupart du temps du hasard. Il y a trois autres jeux à deux tesserae plus célébrés, à savoir le tocadiglium, pour lequel il y a deux sortes, le plus petit, qui dépend du hasard et le plus grand, qui exige un jugement clairvoyant, et il y a aussi le canis Martius, et le jeu des tables [totae tabulae], qui sont des jeux exigeant un degré modéré d'habileté ; mais le canis Martius exige une intelligence exceptionnelle.

 

 

In totis tabulis quinque tabulae ponuntur in vltima sede collusoris à dextera tua, & duae in prima à sinistra tua; tres in secunda tua à dextera, & quinque in sexta tua `sinistra, collusor itidem totidem in locis, è regione oppositis collocat. Praecipua ratio est impediendi transitum, & excutiendi tabulas aduersarij. Est & alius ludus, quem Minoretum vocant, atque hic duplex, vt tocadiglium. Maior, & Minor, in hoc cum tabula excussa non potest ingredi, ludus amittitur, sicus in tocadiglio cum excutitur. Sed in maiore tocadiglio, vbi vicerit, arbitrij tamen siu est perseuerare in illo.

Au jeu des tables [In totis tabulis] cinq pions sont placés dans la dernière case à votre droite et deux dans la première à votre gauche, trois dans la seconde à votre droite et cinq dans la sixième à votre gauche, et votre adversaire en place le même nombre dans les cases directement opposées à ces dernières. La considération la plus importante est de gêner le passage des pions de votre adversaire et de les frapper. Il y a aussi un autre jeu que l’on appelle Minoretum et il y en a deux variétés, comme pour le tocadiglium, le grand et le petit, dans le dernier il n'est pas possible de réintroduire un pion qui a été frappé, et la partie est perdue, comme dans le tocadiglia, lorsque les pions ont été pris. Mais dans le grand tocadiglia, quand cela arrive, c’est néanmoins au jugement du joueur de décider s’il faut continuer.

Cum ergo tesserarum ludus numerum trium non excederet, talorum autem quatuuor, vt infra videbitur. Ideò Martialis inquit in Apophoretis. Non sim talorum numero par tessera, dum sit. Maior quàm talis Alea saepe mihi. Ouidius autem docuit ebore tesseras constare, cum nostra aetate ex quouis osse fiant. Seu ludet, numerosque manu ictabit eburnos. Nostra aetate vidi è crystallo factas cum aureis punctis; tessaras, nostri Datos appellant, quòd antiquo tempore datatim ludere dicere solerent. Vnde Plautus in Curculione; tum isti qui ludunt serui scurrarum datatim in via. Et Póponius; cum datatim in lecto tecum lusi; & videtur Quintilianus quoque, vt idem Calcagnius recitat dixisse: quo dato errasset recordatus rediit ad eum qui cum luserat; sed cum loquatur de lusu duodecim scruporum videtur Datum ad ludum transtulisse quidem, non tamen ad Aleam. Cubum quoque (vt dixi Monadem vocabant, & eandem aliquando Asinum. Midas autem iactus felix, vnde in Prouerbio. Midas, qui in tesseris consultor optimus.

Tandis que le jeu des tesserae n'excédait pas le nombre de trois dés, le jeu des osselets en avait quatre, comme nous le verrons ci-dessous. Ainsi Martial dit dans Apophoreta : « Moi, le tessera, je ne souhaite pas être égal en nombre aux osselets, car la valeur de mon jet est souvent plus grande que celle d'un jet d'osselet ». Ovide, d'ailleurs, nous indique que les tesserae sont composés d’ivoire, bien qu'en nos périodes ils soient faits en n'importe quel genre d'os : « il jouera et jettera les nombres d'ivoire avec sa main » ; en nos temps j'ai vu qu'ils sont faits de cristal de roche avec des points en or; les tesserae sont appelés par nos contemporains Dati parce que, dans des périodes antiques, on avait l’habitude de dire qu’on jouait datatim (en se les donnant l’un à l’autre alternativement), d'où Plautus dans le Curculio, « Les esclaves de ces messieurs qui jouent datatim dans la rue » et Pomponius « quand j'ai joué datatim allongé avec vous », et Quintilian semble également dire, comme l’avère Calcagninus « en se souvenant avec quel dé il a mal tourné, il est revenu à celui avec lequel il avait joué » mais quand il parle du jeu des douze lignes, il semble associer le mot datus à un jeu, mais pas à un jeu de dés ; le cube (comme je l’ai dit) était appelé Monas et parfois asinus. D'ailleurs, Midas était chanceux dans ses jets, d'où le proverbe,20 « Midas qui est le meilleur conseiller aux tesserae » .

Non nisi in vno ludi genere, valde frequenti, & vsitato, vt in iacina apud nos tres senarij; omnibus enim numeris hic porior est, quia tribus es similibus, maximisque constat, ex ludis autem pulchris, qui non sunt in vsu (2. de arte amand.), est speraïnum, seu sbaraïnum cum duabus Aleis solum sine senario.

Mais c'était seulement dans un type de jeu, très fréquent et beaucoup pratiqué, où trois six pouvaient être obtenus (2. de arte amand.) : il est supérieur à tous les autres nombres parce qu'il se compose de trois faces semblables, et les plus hautes ; mais parmi les beaux jeux qui sont en usage, il n’y a que le sperainum, le sbarainum avec deux dés, qui est sans six.

 

----------------------------

NOTES

16 Eustathe, archevêque de Thessalonique (mort en 1193), auteur d'un commentaire célèbre sur Homer, où certains jeux grecs de l'antiquité sont discutés.

17 Celio Calcagnini, De talorum ac tesserarum et calculorum ludis.

18 Le mot signifie hallebarde ou lance.

19 Signifie: "Grande chance ou grand désespoir."

20 Le lancer de Midas était peut-être égal à celui de Vénus.