Version Française L'Origine du Backgammon English Version

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Li Livres Bakot - début 14ème Siècle

Le manuscrit enluminé Li Livres Bakot qui est maintenant conservé à la faculté de médecine de Montpellier est la version française du manuscrit italien Bonus Socius (1275). On y retrouve donc les mêmes variantes du backgammon.

L’Explicit des partures de tables contient 48 parties de tables sur 25 feuillets (ff. 90-114). La partie 33 répète et corrige la première.

Ferdinand Castets a retranscrit en 1907 plusieurs passages de Li Livres Bakot dans un article intitulé "Li Livres Bakot", manuscrit contenant des parties d'échecs, de tables et de mérelles :

Le manuscrit H. 279 de la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier est un petit volume écrit sur un parchemin, d'une hauteur de 17 cent. 3, d’une largeur de 12 cent. 2, comprenant 130 feuillets. L’écriture parait au commencement du XIVe siècle. Ce manuscrit provient de la bibliothèque du président Bouhier, ainsi qu’en témoigne le titre moderne et incorrect au feuillet 1 recto :

« Livre du jeu d’escheis, [de] tables et de merelles et s’appelle le dict livre Bacot,
inventé par Nembrot qui fonda la tour
de Babilone.
Ms. E 93
De la bibliothèque de Ms le President Bouhier
MDCCXXI »

Le verso de ce feuillet 1 qui date de la reliure, est en blanc, de même le recto du feuillet 2, mais au verso de celui-ci l’on a le titre primitif que Bouhier avait assez gauchement résumé.

Sur un piédestal d’un appareil régulier, terminé à droite et à gauche par six degrés, s’élève, en forme de croix, le titre, véritable histoire de Bakot1.

Chi commenche
li livres de par-
tures des esches et de
tables et de merelles,
et se claime cis livres
Bakot, et le trouva
Nebron le joiant qui fist premiers en Babylone
la tour c’on claime Babel, ou li langage furent
mué par la volenté Nostre Segneur, qui vit lor
outrecuidanche. Et de la fu Bakot aportés a
Troie la grant, et de Troie en Gresse. Apres
la destruction de
Troie et de Gresse
vint en Franche,
et encore i est.

Au-dessous de la dernière ligne, l’on a, d’une écriture moderne et très petite : « et loué soit Dieu ! ».

L’auteur partageait l’opinion commune qui imputait à Nemrod la responsabilité de la tentative orgueilleuse qui aboutit à la confusion des langues. Dante y revient à trois fois : Inferno, XXXI, 77 sq. ; Purgatorio XII, 34 sq. ; Paradiso, XXVI, 144 sq. Dans ce dernier passage, Adam, contrairement à ce que Dante avait dit ailleurs (De Vulgari Eloquio, I, 6), affirme que le langage qu’il parlait, était complètement éteint avant que le peuple de Nemrod eût entrepris son œuvre irréalisable :

La lingue ch’io parlai, fu tutta spenta
Innanzi che all’ ovra inconsumabile
Fosse la gente di Nembrotte attenta.

Les termes de la Genèse (X, 8-10,) ne sont pas très précis, mais la tradition les interprétait ainsi, et Saint Augustin s’en explique très clairement, en qualifiant en outre Nemrod de géant (De Civitate Dei, XVI, 4). Dès lors Dante était autorisé à faire du robuste chasseur le terrible géant dont le cor ébranle les profondeurs de l’Enfer.

Mais pourquoi notre auteur suppose-t-il que Nemrod trouva, c’est-à-dire inventa le livre mystérieux, ce Bakot dont le nom paraît aussi peu intelligible que les paroles célèbres que le géant, dans sa fureur, adresse à Virgile et à son disciple ? Sans doute pour ajouter à la dignité du volume lui-même, car on ne pouvait lui souhaiter une plus antique origine, et sûrement dans la pensée que les jeux, divertissement des nobles chevaliers, étaient venus des pays illustres de l’Orient dont l’épopée conservait pieusement les noms. Il finit d’ailleurs par le dire, puisque c’est de Troie et de Grèce que, d’après lui, Bakot est venu en France.

L’auteur dit « partures » ou « parteures ». nous disons aujourd’hui « parties », tandis que ce mot dans le texte de Bakot désigne, sans exception, les joueurs aux prises, ou le jeu de chacun : une « partie trait » les noirs, l’autre « partie trait » les blancs.

Comme le titre l’indique, le manuscrit contient des parties d’échecs, de tables et de mérelles, respectivement au nombre de 206, 48, 282.

Parties de tables

Les parties de tables sont au nombre de quarante-huit et comprennent, du feuillet 90 recto au feuillet 114 verso où l’on a l’ « Explicit des partures de tables ». La partie XXXIII répète et corrige la première.

Le jeu des tables est sans doute la forme ancienne du jeu de tric-trac, mais alors même que les règles différeraient peu pour le fond de celles que l’on suit aujourd’hui, les termes employés dans Bakot mériteraient d’être notés, car ils sont tombés en désuétude. Le mot de « tables » désigne les pièces mêmes du jeu.

Au-dessus de la « glose » de chaque « parture », sont dessinés deux tabliers, contenant chacun six colonnes verticales, avec une barre de séparation horizontale formée par deux lignes très rapprochées ; cette barre coupe les colonnes à mi-hauteur3. Des lettres, des points, la croix sont les signes employés pour marquer, quand il est nécessaire, la correspondance du jeu sur les tabliers et des indications de la glose, mais parfois des signes ont été omis aux tabliers. Le nombre des tables est de quinze pour chaque couleur, en tout trente.

L’auteur, dans la première partie, distingue seulement les parties qui sont faites par souhait de la langue et celles qui sont faites par dés, mais l’on rencontre aussi des parties de « minoret », des parties de « barill » et des parties de genre mixte. Il est souvent fait mention de conventions particulières, et à la fin de la partie XXXVIII, l’auteur, après avoir dit que celui qui sait le jeu reconnaîtra la justesse de son conseil, avoue que « peu en sont ne on ne puet mie plainement le ju ensegnier par escrit, mais par antisse, car il est tres soutil ».

Partie I. (= BNF Ms latin 10286 f.149r)

Position des pièces : au tablier de gauche sont marquées sept tables blanches, de forme ronde, dont six garnissent le bas des colonnes et dont la septième est l’angle droit supérieur du tablier. Au tablier de droite l’on voit seulement une table noire au bas de la seconde colonne. Les tables sont donc superposées.

Position des pièces : au tablier de gauche six points blancs garnissent le bas des colonnes [il ne s'agit pas de pions comme l'indique Ferdinand Castets], et un pion blanc à l’angle droit supérieur du tablier. Au tablier de droite un pion noir au bas de la première colonne [ci-dessous la Partie 33 qui corrige la Partie 1].

Li Livres Bakot - Partie 1

Li Livres Bakot - Partie 33

« Ichi sunt les partures des tables, et por ce qu’eles sunt faites en deuz manieres, s’il est assavoir par souhait de la langue et en getant les dés, nous dirons premiers de celes qui sunt faites par souhait, c'est a dire de celes qui sont faites par souhait ou par peticion de la bouche, et ceste prime parteure est tele. Chil qui a la blanche table, dist : Ceste table doit estre levée es poins [rouges]4, car c’est sa maison, et la noire [fait]5 le contraire, s’il est assavoir ou la blance est ; et si jeueon en ceste parteure de II dés [sans plus]. Demande premiers ou je demanderai. Et [si] dois savoir que cele qui est defors, s’il est assavoir la noire, pert [le ju], traie premier ou non. Car s’ele trait premier, ele fiert la blanche par sinne, et la blance le fiert ausi en faisant sinne et vaint, si com tu pues tantost veoir. Se la blance trait pemiers, ele fiert la noire par sinne et la noire li, car ele ne puet mix [faire. Lors fera la blance quatre et as] et vaintera [la noire], si com tu [porras veoir en faisant la prueve]6. »

« Voici les parties de tables qui sont jouées de 2 manières, à savoir soit "par souhait", soit en jetant les dés. La première manière se joue en annonçant oralement les dés comme cette première partie. Celui qui a le pion blanc dit : Ce pion doit être sorti à partir des points, car c’est son jan intérieur, et le pion noir [fait] le contraire, à savoir à partir de l'endroit où se trouve le pion blanc. Cette partie se joue avec 2 dés [sans plus]. Annonce le premier ou j'annonce. Tu dois savoir que celui qui est dehors, c'est-à-dire le joueur noir, perd le jeu qu'il commence ou non. Car s'il commence, il frappe le pion blanc avec 6-6 et le pion blanc le frappe à son tour avec 6-6 et gagne comme tu peux le constater. Si Blanc commence, il frappe avec 6-6 le pion noir qui le frappera à son tour car il ne peut mieux faire. Alors le pion blanc fait 4-1 et gagnera, comme tu pourras le constater. »

Partie XIV. (= BNF Ms latin 10286 f.161v)

Au tablier de gauche en bas, 1ère col. trois ronds blancs, 2e col. deux ronds blancs, 3e col. trois ronds blancs, 4e col. trois ronds noirs, 5e col. deux ronds noirs, 6e col. trois ronds noirs. Au haut de chacune de ces colonnes est marqué un point noir. Au tablier de droite, il n’y a rien. La partie est de « barill ».

Li Livres Bakot - Partie 14

« Toutes sont en lor maisons por lever et les blances traient premiers, et fait cascune partie buf de as en III dés, et est le ju de barill en tel maniere que quant li uns est pris, il entre es poins et avironne le tablier. Et vaintent les blances, car eles lievent une des daesraines en faisant buf de as. Lors font les noires buf de as et les blances buf de as d’une seule daesraine, car c’est lors bons jus se les noires prendent cele qui est. Et se eles prendent ou non, tu as blances, en fera[s] une nue autre, et feras prendre II des tines et retrairas et enquerras de ces II et feras que toutes les suies viegnent en la seconde table. Lors retrairas de ces II la maison et les leveras en tel maniere que la tierce demora nue en la bataille devant les noires et la touceront et tu ne prenderas fors la daesraine et tu vainteras. »

« Tous les pions sont dans leurs jans intérieurs et sont prêts à être sortis [Blanc et Noir se déplacent dans le même sens]. Blanc commence et chacun fait à chaque fois 1-1-1 en 3 dés. C'est une partie de Barill, c'est-à-dire que lorsqu'un pion est frappé, il doit être réintroduit et parcourir à nouveau tout le plateau. Blanc gagne car il sort un des derniers pions en faisant 1-1-1. Ainsi Noir fait 1-1-1 et Blanc 1-1-1 en déplaçant un seul des derniers pions, car la meilleure chose à faire est d'être frappé par Noir. Frappé ou pas, tu as les pions blancs et tu laisseras un deuxième pion isolé. 2 pions seront frappés et devront revenir tous les 2 dans la seconde table. Alors tu ramèneras ces 2 pions dans leur jan intérieur et les sortiras de la même manière que le troisième pion esseulé dans la bataille avec les noirs. Tu ne seras pas pris et tu gagneras. »

Partie XXI. (= BNF Ms latin 10286 f.165r)

Elle est de « minoret et de souhait ». Tablier de droite : au bas : col. 5, un rond blanc ; col. 6, quatorze ronds blancs. Col.6 en haut, un rond noir. Signes : tablier gauche : angle supérieur à droite une croix ; angle inférieur même colonne A ; tablier de droite, angle supérieur à gauche B.

Li Livres Bakot - Partie 21

« Ceste parture est de minoret et est de souhait, et fera la noire ce que feront les blances, et s’elle puet issir en la crois, les blances le perdent par le trait meisme que les blances sunt levées. Tu, jue des blances et fai ambe troie dusques en a, la noire autel. Tu feras buf de sinne en faisant table en b. Il se tenra fermes, car ja por ce ne perdra nus, et ensi par buf de sinnes prendras la siue et leveras toutes les blances en ce liu que mains que cinc des queles tu feras adès buf de as ; car se ele puet issir dusques en la crois et par ce meisme trait que les blances seront levées daesrainement, ele vaintera ; mais les blances feront ensi que dit est et eles le gaaigneront. »

« Cette partie est de Minoret et de souhait. Blanc et Noir joueront les mêmes dés. Si le pion noir peut aller sur la croix, Noir gagnera avant que les pions blancs soient sortis. Tu joues les blancs et fais 1-1-3 jusqu'en A et Noir fait de même [en B]. Tu feras 6-6-6 et frapperas le pion noir en B. Et ainsi par plusieurs 6-6-6, tu continueras et sortiras tous tes pions blancs en ce lieu, car si le pion noir allait sur la croix, Noir gagnerait. Mais Blanc fera ainsi et gagnera. »

Partie XXIII. (= BNF Ms latin 10286 f.166r)

Elle est simplement de « souhait de teste ». Position des pièces : tablier gauche : 1e col. 2 tables noires au haut, 2 tables blanches au bas ; 6e col. 8 tables blanches au haut, 13 tables noires au bas. – Signes de renvoi : tablier de droite, B au bas de la 2e colonne, C au bas de la sixième. A a été oublié.

Li Livres Bakot - Partie 23
[A]                   

« Ceste parteure est de souhait de teste et traient premiers les blances, et qui faut, il le pert ; et font adès les blances quaterne et troie, et les noies adès buf de sinne et le tiere. Dont je di que les blances vainteront, car eles font quaterne en a et troie en b ; les noires buf de sinne veulent d’une ou de deuz ; les blances troie en b et quaterne en c et vaintent, car les noires le perdent par falir. »

« Cette partie de Teste [jeu à 3 dés] est de souhait [en annonçant les dés] : Blanc commence, celui qui ne peut jouer [blocage] perd. Blanc annonce 4-4-3, Noir annonce 6-6-6 puis les 2 sortent leurs pions. Blanc gagnera, car il fait 4-4 en A et 3 en B. Noir fait 6-6-6 avec 1 seul ou 2 pions selon son choix. Blanc fait 3 en B et 4-4 en C et gagne, car Noir perd par blocage. »

Partie XXXVIII. (= BNF Ms latin 10286 f.151v)

Tablier de gauche : en haut douze tables noires (deux par colonne), en bas douze tables blanches (même ordre) ; tablier de droite : 1ère colonne : en haut deux tables blanches, en bas deux tables noires. La lettre A a été oubliée.

                                [Teste]                 [A]
Li Livres Bakot - Partie 38
                                [Teste]                 [A]

« Ceste parture est de teste et de III dés, faite par souhait, et jue li uns et li autre de XIIII tables, et si sunt toutes en lor maisons, mais que II de cascune part qui douent estre ramenées et apres levées avec les autres ; et quiconques faut, il le pert, et qui premiers trait il vaint en faisant V III et as en a et les autres font lor ju en lor maisons par buf de as, une demourant en teste, et n’en desloje ce pas deuz, et les autres faicent ensi. Et convent a cascune partie faice I deuz, ainsi qu’il convient. Et convient que cascune partie faice bien son ju. La partie qui premiers trait a le melleur du ju en la maison en tel maniere que li secons trais juera en la parfin des deuz de dehors et le perdera. Mais s’il est mis en convenence que au premerain trait ne soit pas faite table en a, lors le pert qui premiers trait, car il fera ambezas et le tiert de celes de dehors en la maison, et l’autre partie aussi. Et lors chascune partie juera par buf de as. Mais chis qui trait secons, ara plus de ju et le melleur, telement que en la fin li premiers traiant juera des sines qui sunt dehors, et le perdera, si comme chil qui set le ju le puet savoir et veoir. Mais peu en sont, ne on ne puet mie plainement le ju ensegnier par escrit, mais par antisse, car il est tres soutil. »

« Cette partie est de Teste à 3 dés, faite par souhait. L'un et l'autre jouent avec 14 pions qui sont tous dans leurs jans intérieurs, sauf 2 qui doivent être ramenés puis sortis avec les autres. Celui qui ne peut jouer perd. Celui qui commence gagne en faisant 5-4-1 [et non pas 5-3-1] en A. L'adversaire déplace ses pions dans son jan intérieur avec 1-1-1, en gardant ses pions extérieurs en Teste, et ainsi de suite. Et il convient que chaque joueur fasse de même. Et il convient que chaque joueur fasse bien son jeu. Le joueur qui commence a le meilleur jeu dans son jan de telle maniere que l'autre joueur jouera ses 2 pions restés à l'extérieur en dernier et perdra. Mais s'il est convenu que le premier à jouer ne peut poser un pion en A au premier coup, alors il perd car il fera 1-1 pour ramener ses pions à l'extérieur et 1 pour un pion dans son jan, et l’adversaire fera pareil. Chaque joueur jouera 1-1-1. Mais celui qui commence en second aura le meilleur jeu. Si bien que le premier joueur jouera des 6 pour ses pions à l'extérieur et perdra, comme celui qui connait le jeu peut le savoir et le voir. Mais peu en sont, et on ne peut enseigner pleinement le jeu par écrit mais par la pratique car il est très subtil. »

Partie XLII. (= BNF Ms latin 10286 f.155v)

Les quinze tables noires sont rangées sur deux lignes au haut de la première colonne (gauche) du tablier de gauche ; les tables blanches sont quatorze au haut de la seconde colonne du même tablier et une au haut de la troisième colonne.

Li Livres Bakot - Partie 42
[A]         

« Ceste parture est de barill en II dés et sis i est por le tiers, et est en partie de souhait, car les blances traient primes et sunt toutes afiées ; et getent les dés les noires ne ne sunt mie affiées, mais elles demandent ce qu’eles veulent en II dés, et aucune fois demandent, ce que faire ne puent, sis et ce qu’eles puent. Cil as blances les espart quanques il puet, et s’il ne clot au premerain trait le sinne point des noires, les noires vainteront, car eles demanderont tous jours sinnes et se recuelleroient primes et reteroient legierement et vainteroient. Mais se les blances en getent VII ou VIII et les encloent, elles ont aussi le meilleur du ju. »

« Cette partie est de barill en 2 dés + un troisième dé fixé à 6, et partiellement de souhait car Blanc joue en premier et jette les dés, tous ses pions sont en sécurité, les pions noirs ne sont point en sécurité mais Noir annonce les dés, Noir ne demande jamais ce qu'il ne peut jouer mais ce qu'il peut jouer. Celui qui a les pions blancs les pose selon les dés, et s’il ne ferme pas au premier coup la case A, Noir gagnera car il demandera à chaque fois 6-6 pour ramener et sortir ses pions en premier et ainsi gagner. Mais si Blanc jette 7 ou 8 et occupe la case A, il aura alors le meilleur du jeu. »

Dans cette partie les blanches sont « affiées » ; dans la partie précédente (XXXVIII) il est question d’une « convenence » ou convention qui modifie les conditions du jeu. Dans la partie que l’on va lire, on voit qu’il y avait des manières de jouer qui pouvaient être interdites, et que le joueur qui, par « malice » ne respectait point la convention, payait une amende.

Partie XLIV. (= BNF Ms latin 10286 f.156v)

Position des tables : rien au tablier de gauche ; tablier de droite, col. 1, au haut, sept tables noires en une ligne ; col.3, au haut, 5 tables noires en une ligne ; col. 5 , au haut, 3 tables noires en une ligne ; col. 6, au haut, une table blanche.

Li Livres Bakot - Partie 44

« Ceste parture est de teste en  III dés et la blance giete les dés et les noires souhaident, et keurent toutes coses desfendues, et cascuns juera tout sans malice, ou cil qui a la blance table ne se levera du ju, dusques adont que une des noires soit gaaignie ou perdue, par certaine pecune. Et nule cose desfendue ne puet estre fausée, et la blance table ne pert pas par falir. Tu, pren les noires, car quant la blance ist, ele le gaagne, et quant ele n’ist, tu en dois faire trois nues par buf de as et en ferant la blance, et ele ferra des tiues ; tu entreras en l’opposite du tablier et le prendras et feras les tiues prendre et renterras les tiues. La quel cose a la parfin ele ne porra passer et tenras le ju si longuement que tu vaurras, dusques adont que la blance ara tout perdu, car ele en la fin ne porroit gaagnier. »

« Cette partie est de Teste en 3 dés. Blanc jette les dés et Noir souhaite. Chacun jouera sans malice [ou paiera une amende]. Celui qui a le pion blanc ne sortira pas. Nulle case défendue ne peut être occupée et Blanc perd s'il ne peut jouer. Tu prends les noirs. Si Blanc s'échappe, il gagne. Tu dois donc faire trois slots par 1-1-1 en frappant le pion blanc. Le pion blanc entrera en frappant les pions noirs qui devront entrer à leur tour par le tablier opposé. Le pion blanc ne pourra pas passer car tu tiendras longuement. Blanc aura tout perdu et ne pourra gagner. »

Ces exemples me paraissent suffire. Les termes qui désignent les parties et certains coups : buf, troie, sinnes, sont à noter. La partie de barill est définie à la partie XIV.

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NOTES

1 Le dialecte est picard. Un romanisant ne trouve d’ailleurs rien de nouveau dans ce texte que les termes techniques.

2 Les parties sont numérotées en chiffres romains. Pour celles d’échecs, de 80 à 200, l’on compte par vingtaine.

3 Dans le tric-trac moderne et dans le jacquet, les colonnes des tabliers anciens sont remplacées par des flèches, et la barre transversale est devenue inutile.

4 Partie 33. mais les tabliers ne donnent pas ces points rouges.

5 Partie 33, et de même pour les autres mots ajoutés.

6 Sic Partie 33. le texte de la partie 1 à partir de « mix » est : « et vaintera, si com tu le verras ».